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Novembre 2009
48 pages
 
 
De la nécessité d'un manifeste
_Lettre aux architectes concernés
 
Il mio cliente. Racconto breve
_Livio Vacchini
Ce texte de Livio Vacchini, jamais encore publié en français, est une fiction. C’est le recit de sa rencontre avec un client imaginaire auquel il présente pédagogiquement sa vision de l’acte de projection. C’est un témoignage de la difficulté de penser librement de la part d’un architecte qui doit faire face, en plus de la difficulté de son métier, à la force impitoyable de l’ignorence et de la mauvaise foi. Dans l’oeil de Vacchini, toujours calme et patient, on perçoit tous les freins qui le gênent dans sa réflexion, mais aussi une croyance toujours fervente dans l’importance du rôle de l’architecte, et une volonté de se confronter aux questions les plus difficiles pour que l’histoire de l’architecture reste éternellement en mouvement.
 
Penser l'inutile
_A propos de la Casa Vacchini, de Livio Vacchini, Costa (TI), 1992
Chaque projet de Livio Vacchini est un prolongement d’une recherche intemporelle de perfection. Cette maison, sa propre maison secondaire à Costa participe de cette recherche et a sa place dans la chaîne réflexive continue qu’est l’ensemble de son travail.
C’est une petite maison dans la pente de Costa, au-dessus de Contra, qui domine le Lac Majeur du Canton Tessin. C’est un bâtiment très modeste dans sa forme, sans effet, sans recherche de représentation ni de démonstration, mais très fort par sa signification et sa présence. Cette maison fait corps avec la vallée qu’elle révèle.
C’est un vide parallélépipédique pris entre un socle monolithique et une dalle rectangulaire de 53 cm portée à ses extrémités par 6 piles de 113×53 cm. C’est cette structure, à la fois élémentaire dans sa pensée pure et complexe dans son calcul, à la limite des possibilités techniques contemporaines de sa construction, qui fait l’unité des deux éléments que sont la masse de vide et la masse de béton qui la supporte.
 
Un pied sûr mais sensible
_A propos du Stadium de Braga, de Eduardo Souto De Moura (P), 2003
«Il amortit beaucoup mon admiration pour la grandeur, en me prouvant que ceux qui dominaient les autres n’étaient ni plus sages ni plus heureux qu’eux. Il me dit une chose qui m’est souvent revenu à la mémoire, c’est que si chaque homme pouvait lire dans les coeurs de tous les autres, il y aurait moins de gens qui voudraient descendre que de ceux qui voudraient monter. […] Il me donna les premières vraies idées de l’honnêteté, que mon génie ampoulé n’avait saisies que dans ses excès. Il me fit sentir que l’enthousiasme des vertus sublimes était de peu d’usage dans la société, qu’en s’élançant trop haut on était sujet aux chutes ; que la continuité des petits devoirs toujours bien remplis ne demandait pas moins de force que les actions héroïques ; qu’on en tirait meilleur parti pour l’honneur et pour le bonheur ; et qu’il valait infiniment mieux avoir toujours l’estime des hommes que quelquefois leur admiration».
ROUSSEAU J.J., Les confessions
 
Ethique de la modification
_A propos de l'Estensione de Covento di Monte Carasso, de Luigi Snozzi (TI), 2001
En 1987, Luigi Snozzi est amené à réaliser le nouveau plan régulateur de Monte Carasso, petit village de 2000 habitants qui se situe dans le canton du Tessin en Suisse italienne. Sa première intervention consistait à réhabiliter un ancien monastère qui date de la Renaissance et d’y intégrer une école élémentaire.Il développa ici l’un des principaux thèmes de sa pensée urbaine : la centralité. Aujourd’hui, ce lieu est devenu le centre des institutions publiques du village. L’aventure architecturale que Snozzi a vécu ici, ne s’est jamais terminée. Après avoir bâtit vingt et un projets dans la commune, il vient de réaliser cette année une extension du même monastère, en construisant son aile droite, à l’endroit où se trouvait un ancien couvent, malheureusement détruit en 1968.
 
Accepter son époque sans être la victime se son temps
_A propos du Mémorial de la Déportation, de Georges-Henri Pingusson, Paris (FR), 1962
Une génération s’est éteinte depuis Hanna Arendt, qui introduisait le concept de « brèche entre le passé et le futur » (cf. : La crise de la culture). On ne peut plus penser notre présent comme cet « étrange entre deux », « où l’on prend conscience d’un intervalle qui est entièrement déterminé par des choses qui ne sont plus et par des choses qui ne sont pas encore ». L’architecture de notre temps (à nous) ne se voudrait déterminée que par elle-même. En se sens, il n’y a plus de passé ou de futur, comme il n’y a plus de temps historique d’ailleurs. Qu’il s’agisse d’une situation transitoire ou d’un état plus durable, ce présent qui nous entoure est bien le temps de l’amnésie, du quotidien, de l’incertitude et des simulations. Ce «présent dont nous avons fait notre seul horizon» permet à l’architecte de célébrer son acte constructif comme jamais : « l’esprit ne regarde ni en avant ni en arrière, le présent est notre seul bonheur ».
Observons comment Georges-Henri Pingusson s’affranchit de ces considérations temporelles.
 
Dans le silence
_A propos de la Feldkapelle Niklaus Von Flue, de Peter Zumthor, Mechernich (D), 2006
Ce projet, terminé en 2007, est une chapelle votive dédiée au saint connu comme Bruder Klaus, saint patron de la Suisse. A la fois fermier et soldat, il a combattu comme officier dans la guerre contre les Asburgo. Ensuite il s’est marié et a eu dix enfants. A la fin de sa vie il a demandé à sa famille le permis de se retirer dans la solitude : il vécut ses dernier jours et mourut comme un ermite au fond d’une vallée. Mais le projet n’a rien à voir avec la symbolique, c’est une vision d’architecture pure, entre construction et matière.
Le commanditaire, un agriculteur, voyait dans la construction de cet édifice dans la campagne autour de sa propriété un ex-voto, un remerciement pour être toujours en vie, alors qu’on lui avait diagnostiqué une maladie incurable quelques années auparavant. Il a alors demandé a Zumthor de lui faire un projet facile à construire: il voulait pouvoir construire la chapelle lui-même avec sa famille.
Le coffrage intérieur est construit avec 112 troncs d’arbres qui proviennent du bois de la propriété, disposés en forme de cône. Le béton est coulé en oeuvre et tassé a la main en 24 strates, une pour chaque jour de travail sur une hauteur totale de 12 mètres. La texture ainsi obtenue ressemble à celle des murs réalisés en pisé de terre. Le coffrage intérieur est finalement brûlé: un feu est placé à l’intérieur et y est abandonné pendant plusieurs jours. Et en se consumant, il laisse sur les murs son empreinte obscure, et dans l’air une intense odeur de brûlé, pour toujours.
 
Construire une limite
_Anthony Rodrigues, Projet de fin d'études, ENSA Paris Belleville, 2009 (sous la direction de P-L Faloci)
Ce projet est un extrait du travail d’un groupe de quatre étudiants sur la construction d’un parc à Marseille. Après un travail approfondi sur la gestion du contexte et la possibilité de résoudre les problématiques de ce territoire qui accueille actuellememt un immense centre commercial, et son contact difficile avec le centre ville, chaque étudiant s’est attaché à traiter un point de contact de ce nouveau parc avec son contexte. Ce projet, comme les trois autres, se positionne donc dans un double rapport au site, entre l’existant et le créé. Il traite de la question de la limite, non comme une marque de division mais comme le support d’un nouveau regard sur le site qui permet sa compréhension et l’orientation du promeneur qui le traverse.
 
Le culte du moins
_A propos de Ludwig Mies Van Der Rohe, Less is More
“ Prophétiser, c’est parler de Dieu, non par preuves du dehors, mais par sentiment intérieur et immédiat”.
Less is more. Moins est plus. Idéal ascétique d’un Mies Van der Rohe, d’une architecture qui surgit et fait surgir le Zeitgeist d’aprés la guerre, l’esprit muet d’une société qui désormais allait se construire sur les ruines en remplaçant le souvenir par la mémoire du futur, l’architecture minimaliste des esprits modernes qui dit le Rien en parlant de réalité, de vérité et de l’essence.
 
Faire du moderne ce n'est pas l'être