Mai 2010
56 pages
AVANT-PROPOS
Notes de travail
_Giacomo et Riccarda Guidotti
Giacomo et Riccarda Guidotti sont deux jeunes architectes, frère et soeur, originaires du canton du Tessin, en Suisse. Ils ont grandi dans cet environnement riche d’une culture architecturale qui, à la fois, intégre les enseignements du mouvement moderne, et repose les questions du territoire, de la pérennité et du rapport à la tradition. Natifs de Monte Carasso, ils y travaillent aujourd’hui, développant les principes d’urbanisme qui y ont été mis en place par Luigi Snozzi.
Disciples de Snozzi et de Vacchini, ils proposent une synthèse intelligente de ces deux grands maîtres pour trouver leur propre expression.
ELEMENTS DE DOCTRINE
Structure comme forme
_Traduction inédite d’un essai de Luigi Moretti
Ce texte, écrit par Luigi Moretti dans les années 1950, est paru pour la première fois dans le magazine Spazio, qu’il a lui-même rédigé et géré presque entièrement.
Entre 1950 et 1953 sortent sept numéros de la revue où sont rassemblés les résultats d’une intense activité de recherche et d’étude. Les pages de Spazio sont en effet pour Moretti l’occasion de lancer un débat architectural dans l’objectif d’affirmer l’importance de donner une base théorique au projet. Il expose dans Spazio sa vision d’une pratique de l’architecture dans laquelle existerait une très forte relation entre la recherche théorique et la production architecturale, les résultats de la première étant réutilisés dans l’exercice de la deuxième.
Moretti conteste dans l’architecture contemporaine la séparation entre les valeurs platiques-fonctionnelles des valeurs constructives. Pour lui l’architecture est un complexe de relations, non une solution a une somme de problèmes. Et il démontre que la seule direction à poursuivre dans l’architecture contemporaine est celle qui voit la structure comme forme, la seule capable de dépasser l’extravagance des formes qui, avec la culture de l’iconographie, est en train de nous submerger.
ELEMENTS D'ANALYSE
Un poisson dans l’eau
_A propos de la basilique Saint Pie X, Pierre Vago, Lourdes (France), 1958
La basilique Saint Pie X fut réalisée pour le centenaire des apparitions de la ville de Lourdes. Elle valut à son maître d’ouvrage, Mgr Théas, de grands tourments et créa de nombreuses tensions au sein de l’Eglise. A la fois désiré et critiqué, ce projet a bien failli ne jamais voir le jour. Dès les premiers travaux de terrassement, la présence d’une nappe d’eau souterraine entraîna une remise en cause du budget et le Vatican s’opposa à la poursuite des travaux. Nous devons en grande partie cet édifice à Mgr Théas si l’on considère l’énergie démesurée qu’il mit au service de sa réalisation. Bâtie sous le sol du domaine de La Grotte, uniquement en béton, la capacité d’accueil de la basilique est de 20 000 personnes. Considérée aujourd’hui comme irremplaçable, elle répond parfaitement aux besoins croissants des pélerinages. Cet exemple est l’une des premières utilisations du béton précontraint en France. Le grand abri, ou le poisson, comme certains le nomment, fut inauguré en 1958, et le temps ne semble même pas l’avoir effleuré.
Frôler le sol
_A propos de la FAUUS, Vilanova Artigas, São Paolo (Br), 1961
Cet article présente la Faculté d’Architecture et d’Urbanisme de Sao Paolo, construite en 1961 par l’architecte brésilien Vilanova Artigas, reconnu comme l’un des membres les plus importants du brutalisme pauliste. João Batista Vilanova Artigas (1915-1985) est né à Curitiba au Brésil. Tout au long de son parcours professionnel, initié en 1937, il se consacre avec passion à la politique et au monde académique. Son opposition au régime militaire en place le contraint à l’exil en 1964 et l’oblige à abandonner son activité universitaire entre 1969 et 1979.
La faculté est la traduction architecturale du nouveau concept éducatif établi par la réforme universitaire de 1962, qui ouvre la tradition académique brésilienne à de nouveaux domaines de l’urbanisme, de la communication visuelle et du dessin industriel. Ce renouveau dans l’enseignement se traduit directement dans la conception de l’édifice.
Entre ciel et terre
_A propos du Pavillon des Pays Nordiques, Sverre Fehn, Venise (It), 1962
Au début du siècle dernier la ville de Venise proposa l’idée d’une exposition internationale artistique accompagnée de la construction de quelques pavillons, chacun représentant une nation qui participait à la manifestation ; pavillons qui devaient être le cadre d’une exhibition d’installations de nature artistique et/ou architectonique.
Le Jardin de Castello, seul parc dans la ville de Venise, en a été (et continue d’en être) le théâtre : en chantier en permanence, ce jardin devient, d’année en année, une sorte de village de l’art, une « ville dans la ville ».
Le pavillon des pays nordiques, daté des années 60, est un projet emblématique dans l’oeuvre de l’architecte norvégien Sverre Fehn.
Le projet devait résoudre la cohabitation d’oeuvres provenant de trois pays : la Suède, la Norvège et la Finlande. L’intuition lumineuse de Fehn a été celle de créer un espace unitaire qui évoquait la lumière nordique, homogène et sans ombres, de la Scandinavie.
Fehn réalise à Venise, à travers les moyens propres de l’architecture, un fragment du nord capable de stigmatiser un monde et une culture.
Réconcilier le mur et la colonne
_A propos de l’Eglise Saint Pie, Meggen (CH), Franz Füeg, 1964-66
«Oh ! Comment préférer de fébriles, de légères admirations pour quelques chaires plus ou moins colorées, pour des formes plus ou moins rondes ! Comment préférer tous les désastres de vos volontés trompées à la faculté sublime de faire comparaître en soi l’univers, au plaisir immense de se mouvoir sans être garrotté par les lieux du temps ni par les entraves de l’espace, au plaisir de tout embrasser, de tout voir, de se pencher sur le bord du monde pour interroger les autres sphères, pour écouter Dieu!». (Balzac)
Honnêteté Architecturale
_A propos de la Palestra, Livio Vacchini, Losone (CH), 1997
L’intervention à Losone de l’architecte Livio Vacchini vient s’inscrire comme point de référence dans le territoire. Si les suisses, dans leur paranoïa chronique, ne voient qu’un coté pratique à la construction d’un abri anti-atomique en dessous, Livio perçoit l’opportunité d’avoir les fondations les plus solides qui soient pour bâtir son plus beau projet, avec la certitude qu’il dure au moins le temps de vie de l’atome. Et comme pour honorer ce bâtiment sensé rester là même après la fin, il a mis en oeuvre à Losone toutes ses convictions les plus profondes, laissant ainsi par ce chef d’oeuvre une trace de son temps sans pour autant chercher à renier qu’il ne fait que réinventer l’héritage de 4500 ans d’architecture (ce qui n’est rien à l’échelle de l’atome !).
Livio Vacchini avait lui-même l’habitude de parler de ce projet en faisant le parallèle avec Stonehenge. C’est ce qu’il fit lors d’une conférence à Barcelone seulement 4 mois avant son décès. L’auditoire fut marqué tant l’émotion et l’intensité qu’avait mises cet homme dans ce projet était palpable.
Ce fut une révélation pour tous.
Peut-être que Cosa Mentale commença là…
ELEMENTS DE COMPARAISON
Une pensée structurée
_Sur la contribution d’Arthur Aillaud
Arthur Aillaud est peintre, plasticien ; il vit et travaille à Paris. Les oeuvres utilisées dans cette démonstration viennent de l’exposition présentée à la Galerie Vieille du Temple, entre le 6 février et le 3 avril 2010. Cet article n’a pas la prétention d’être une analyse esthétique de son travail. C’est plutôt le passage à l’acte qui va nous intéresser ; l’engagement créatif de cet artiste et la leçon qu’il peut représenter pour un architecte.
L’être de l’espace
_Structure et signification
«Formes étranges. Figures étranges. Pour faire résonner alentour. Pour recevoir la lumière et en jouer. Pour interpeller le regard qui interroge. Sculptures-ondes. Sculptures-émettrices. Sculptures-dialogues. «Pression des voulumes, attraction des masses». Musique des formes qui irradient en leur dedans et au dehors. Tourner alentour, toucher. S’éloigner, attendre, revenir. Surprendre son propre regard».1
«Ce parait bien être quelque chose de grande importance, et difficile à saisir le topos—i.e. l’espace-lieu». (Aristote)
« Circulez y’a rien à voir »
_Comment juger de ce qui est caché ?
Cosa Mentale n’est pas une revue d’architecte. Toutefois, elle traite bien d’architecture. Cet article est le premier d’une série considérant l’architecture du point de vue du public. Il vise à corriger la fausse idée que le non-architecte n’est pas véritablement engagé dans la pensée de l’architecture. En effet, une fois bâti, l’édifice devient environnement de vie pour l’individu. Cette chronique est donc le point de départ d’une réflexion vis-à-vis de la réception de l’architecture. Les auteurs n’ont pas pour intention de se poser en égal face aux architectes mais de montrer qu’il existe une pensée critique de l’architecture au sein du public. Celle-ci a souvent pour point de départ des préoccupations simples voire naïves: «Comment ça va vieillir ? Est-ce bien utile ?». Notre ambition est de pousser un peu plus loin ces questions et d’exprimer une critique de l’architecture à travers les yeux du visiteur.
CARNET CENTRAL
Entretien avec Valerio Olgiati
